Jan Matejko, « Vue de Bebek près de Constantinople », 1872, huile sur toile, Galerie nationale d'art de Lviv « B. Woźnicki », Lviv, Ukraine, Domaine public
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Photo montrant Vue de Bebek, près de Constantinople

Vue de Bebek, près de Constantinople

Vue de Bebek, près de Constantinople

Tout le monde associe Jan Matejko à ces immenses toiles qui regorgent de dizaines de personnages brillamment représentés lors de batailles historiques et de moments décisifs de l'histoire de la Pologne. Mais pouvons-nous imaginer ce grand peintre en tant que touriste en vacances ?

Le maître de la peinture polonaise – Jan Matejko

Jan Matejko (1838‒1893), le peintre le plus célèbre de Pologne, universellement respecté, est en réalité une figure que le Polonais moyen associe sans équivoque à la peinture avec un grand P. Fondateur de l’école nationale de peinture historique, il a mené avec constance une grande mission : en montrant l’ancienne splendeur et la gloire de la République, il a cherché à raviver la foi dans la renaissance de la patrie et dans le recouvrement de l’indépendance d’un État qui avait cessé d’exister à la suite des partages. Un maître, un chantre de l’art national, qu’il est d’autant plus difficile d’imaginer en vacances… en Turquie.

Mais essayons. Observons Matejko sous un jour plus intime et privé, cette fois-ci créant pour lui-même, qui — à l’instar du touriste d’aujourd’hui — immortalise les vues et les clichés les plus intéressants « en souvenir », bien qu’avec des moyens différents de ceux d’aujourd’hui.

Jan Matejko chez les Groppler en Turquie

En 1872, Jan Matejko et son épouse Teodora se rendirent à Constantinople (Istanbul), où le couple passa plusieurs semaines. C’est le cousin de l’artiste, Henryk Groppler (1822‒1887), un homme d’affaires polonais menant depuis des années avec succès des affaires en Turquie ottomane, qui les avait invités et hébergés.

Dans leur somptueuse villa de Bebek, les Groppler recevaient des émigrés polonais et de grands artistes, et soutenaient activement les organisations clandestines polonaises. Leur demeure était considérée comme l’ambassade informelle de la Pologne à une époque où le pays n’existait pas encore sur la carte de l’Europe.

La villa de Groppler était située dans le quartier de Bebek, qui appartient aujourd’hui administrativement au district stambouliote de Beşiktaş, sur la rive européenne de la ville, dans un cadre pittoresque au bord du détroit du Bosphore, offrant de magnifiques vues depuis ses rives.

Les croquis de Jan Matejko réalisés à Bebek

Cette rencontre avec la culture, l’architecture et la nature orientales ne pouvait laisser l’artiste indifférent. Il reste aujourd’hui des croquis rapides réalisés par cet observateur attentif, qui témoignent d’une ville animée avec ses habitants, ses bazars, ses ruelles, son front de mer et ses édifices extraordinaires. Même s’il semble avoir, le temps de ses vacances, quitté son rôle de peintre créant pour réconforter les cœurs, il n’a pas cessé d’être un créateur, même en vacances.

Vue de Bebek – le seul paysage de l’œuvre de Jan Matejko

C’est à cette époque que Matejko a peint le seul paysage connu de son œuvre artistique. Dépourvu de personnages, il savoure cette journée de vacances et la beauté pure des vagues bleues du puissant Bosphore, scintillantes sous le soleil. Ce petit tableau est plutôt une esquisse rapide et impressionniste, réalisée pour lui-même, en souvenir de son voyage.

Avec le peintre, nous regardons par la fenêtre de la villa le petit bateau qui se balance sur l’eau juste devant nous. Plus loin, à l’arrière-plan, nous apercevons une petite baie, ou peut-être un port où sont amarrés des bateaux. À droite du tableau, la rive boisée, avec ses constructions et le minaret élancé de la mosquée, s’élève en une haute falaise qui disparaît à l’horizon, de l’autre côté de la toile.

Jan Matejko, Vue de Bebek près de Constantinople, 1872, huile sur toile. On peut y suivre les coups de pinceau légers et rapides du maître, si différents de ceux de ses œuvres historiques aux finitions soignées. La Vue de Bebek révèle Matejko comme un observateur sensible de la réalité, transposant avec aisance et maîtrise sur la toile un instant fugace d’une journée torride dans un coin pittoresque du monde. Ce paysage est d’autant plus intéressant que ce thème n’est pas courant dans l’œuvre du peintre, apparaissant même rarement en toile de fond d’événements.

L’artiste situe souvent ses scènes historiques dans des intérieurs ou dans un décor urbain, soulignant l’identité des villes à travers leurs édifices caractéristiques, tout en laissant libre cours à sa passion pour le détail historique et à son sens du document.

Dans de nombreuses compositions, la nature se limite à la représentation du ciel. Un paysage anonyme apparaît dans plusieurs tableaux du cycle *L’Histoire de la civilisation en Pologne*. Entre 1908 et 1912, la Galerie des tableaux de la ville de Lviv (aujourd’hui Galerie nationale d’art de Lviv « Borys Voźnicki » ), créée quelques années plus tôt, a acquis, parmi d’autres toiles de Matejko, la « Vue de Bebek ».

Autres œuvres « turques » de Jan Matejko

Au cours de son séjour à Istanbul, Matejko a également peint un portrait classique de son cousin Henryk, dont la reproduction deviendra, à la place d’une photographie, la carte de visite de Groppler.

Jan Matejko a également réalisé un autre tableau mettant en scène le Bosphore : la composition *Noyée dans le Bosphore*, dans laquelle il a représenté pour la première fois (il le reprendra dans une deuxième version du tableau des années plus tard) il a représenté un demi-nu féminin, illustrant l’histoire de la belle Zulejka du harem du hodja. Selon la légende que Matejko avait entendue, la femme aurait trompé le souverain avec un officier d’origine polonaise, ce qui lui valut d’être condamnée par les eunuques à être noyée dans le Bosphore.

Les esprits malveillants voyaient dans les traits de la femme en train de se noyer une ressemblance avec son épouse Théodora, mais c’est là une autre histoire.
Les Matejko, en voyageurs qu’ils étaient, séduits par l’exotisme et le charme de leurs vacances en Turquie, rapportèrent également des souvenirs traditionnels, tels que des tissus orientaux, des nappes ou des rideaux. Aujourd’hui, ces objets font partie de la collection du musée – la Maison de Jan Matejko à Cracovie.

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Time of construction:

1872

Publication:

15.02.2023

Last updated:

28.08.2025

Author:

Elżbieta Pachała-Czechowska
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Jan Matejko, « Vue de Bebek près de Constantinople », 1872, huile sur toile, Galerie nationale d'art de Lviv « B. Woźnicki », Lviv, Ukraine
Jan Matejko, « Vue de Bebek près de Constantinople », 1872, huile sur toile, Galerie nationale d'art de Lviv « B. Woźnicki », Lviv, Ukraine, Domaine public

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