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Monument dédié à Adam Mickiewicz à Burgas (Bulgarie), 1949, photo Bartłomiej Gutowski, 2026
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Photo montrant Le monument dédié à Adam Mickiewicz au bord de la mer Noire
Buste en relief tiré du monument dédié à Adam Mickiewicz à Burgas (Bulgarie), 1949, photo Bartłomiej Gutowski, 2026
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La plaque commémorative d'Adam Mickiewicz à Sveti Vlas, photo Bartłomiej Gutowski, 2026
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Le monument dédié à Adam Mickiewicz au bord de la mer Noire

Le monument dédié à Adam Mickiewicz au bord de la mer Noire

À Burgas, au bord de la mer Noire, subsiste une trace peu connue du dernier voyage d'Adam Mickiewicz. Le monument situé dans le Jardin maritime rappelle le séjour du poète en 1855, la guerre de Crimée et les espoirs de l'émigration polonaise de lutter contre la Russie.

Adam Mickiewicz s'est rendu à Burgas, qui fait aujourd'hui partie de la Bulgarie, à l'automne 1855. À l'époque, la ville n'était encore ni une destination touristique réputée, ni un port important de la côte bulgare. C'était un point périphérique de la Turquie européenne, un lieu de soutien logistique militaire. La guerre de Crimée faisait rage, opposant notamment l'Empire ottoman, la France et la Grande-Bretagne à la Russie. Pour l’émigration polonaise, ce conflit revêtait une importance capitale. Il faisait naître l’espoir que la cause polonaise redevienne un enjeu réel sur la scène internationale.

Le voyage de Mickiewicz vers Burgas

Mickiewicz arriva à Constantinople avec une mission politique. Il souhaitait soutenir la mise en place de formations militaires polonaises combattant aux côtés de la Turquie contre la Russie. Dans cette dernière phase de sa vie, il n’était plus un poète romantique, mais un militant tentant d’imposer un nouveau tournant à l’histoire. À Burgas, il a visité un camp militaire lié à ces projets. On indique le plus souvent qu’il y séjourna du 8 au 18 octobre 1855. Ce fut une période brève mais intense, marquée par la maladie, la fatigue et la prise de conscience que les grands projets politiques se heurtaient à la faiblesse des structures de l’exil.

La question de la formation militaire juive revêt ici une importance particulière. Au cours des dernières semaines de sa vie, Mickiewicz envisageait de créer une unité composée de Juifs, qui serait chargée de combattre la Russie. Il ne s’agissait pas d’un geste romantique. Dans sa pensée politique, surtout après les expériences du Printemps des Nations, l’idée de dépasser un nationalisme étroit était très présente. La nation ne devait pas être une communauté ethniquement fermée. Elle devait être une forme de solidarité politique, construite contre la violence impériale. Du point de vue actuel, ce projet reste ambigu, car il s’inscrivait dans le langage du XIXe siècle, empreint de hiérarchies et de tensions messianiques. On ne peut toutefois pas le réduire au simple slogan de la « fraternité des Slaves ».

Buste en relief tiré du monument dédié à Adam Mickiewicz à Burgas (Bulgarie), 1949, photo de B. Gutowski, 2026, tous droits réservés

Le monument de Burgas

Le monument commémorant la présence de Mickiewicz se trouve dans le Jardin maritime ( voir la fiche descriptive du monument) , l’un des espaces publics les plus emblématiques de la ville. Il a été érigé en 1949, c’est-à-dire dans la Bulgarie d’après-guerre, déjà soumise au discours soviétique. L’inscription présente Mickiewicz comme un grand poète et révolutionnaire polonais, un combattant pour la liberté et la fraternité slave. Ce texte est significatif, mais aussi problématique. D’une part, elle reflète une réalité de sa biographie : Mickiewicz était un écrivain, un exilé et un homme d’action politique. D’un autre côté, elle l’inscrit dans un récit qui, après 1945, a volontiers subordonné la mémoire du romantisme à l’idée d’une communauté slave pro-soviétique.

Or, la lutte de Mickiewicz pour la liberté était avant tout une lutte contre l’empire tsariste. Le monument de Burgas évoque donc simultanément deux histoires. La première est celle de 1855 : le dernier voyage du poète, la guerre de Crimée, l’espoir d’une légion polonaise et la politique d’émigration anti-russe. La seconde est celle de 1949 et de l’appropriation de ce symbole romantique par la politique mémorielle de l’État, qui a sélectionné dans la biographie de Mickiewicz ce qui pouvait s’adapter à son propre récit. ICI, ÉCRIVEZ-EN DAVANTAGE SUR LE PARC : on y trouve Pouchkine et de nombreux autres écrivains ; son « ego » ne peut-il pas être intégré du tout dans un tel récit national ?

Cela n’enlève rien à la valeur du lieu lui-même. Au contraire, cela le rend plus intéressant. Le monument de Burgas n’est pas seulement un souvenir du séjour du poète. C’est un témoignage du travail de la mémoire, de ses simplifications, de ses glissements idéologiques. Pour un public polonais, cela peut être surprenant de voir apparaître le visage de l’auteur de « Pan Tadeusz » dans un parc balnéaire bulgare. Pour un historien de la culture, la question la plus importante est toutefois de savoir quelle figure de Mickiewicz y est représentée : le poète national, le révolutionnaire, le militant anti-impérialiste ou un symbole commode de la communauté slave.

La forme du monument révèle bien ce mécanisme. Il ne s’agit ni d’un monument en pied, ni d’un buste classique sur socle. Sur un bloc de pierre irrégulier et grossièrement taillé, on a placé un relief métallique représentant la tête du poète vue de profil gauche. Ce profil renvoie à la tradition du portrait médaillistique et commémoratif, mais son ancrage dans un bloc de pierre lourd et rugueux confère à l’ensemble un caractère plus monumental qu’intime. Le visage de Mickiewicz est concentré, renfermé, immobile. On n’y trouve ni geste d’inspiration ni théâtralité romantique. C’est plutôt un masque de la mémoire : un visage extrait de la pierre, mais en même temps figé par celle-ci.

Le Jardin maritime n’est pas non plus un projet idéologique cohérent. Il s’agit plutôt d’un espace qui s’est construit par couches successives. Ce parc, créé et développé depuis le début du XXe siècle, est progressivement devenu l’un des espaces représentatifs les plus importants de Burgas. Un lieu de promenade, de détente, de célébrations municipales et de commémorations. Des monuments dédiés à des militants locaux, des héros nationaux, des écrivains, des artistes et des comédiens y ont vu le jour. Certains d’entre eux ont été érigés avant la guerre, comme le monument à Hadji Dimitar datant des années 1930, d’autres après 1945, comme celui dédié à Alexandre Pouchkine en 1951, et d’autres encore au cours des décennies suivantes, notamment dans le cadre des ateliers de sculpture en plein air organisés à Burgas.

Relief portrait

Le relief portrait est signé sur le bord inférieur du relief métallique. La mention « П. Киселинчев » permet d’associer l’œuvre à Pande Kiselintchev (1890 – 1980, en bulgare Пандо Киселинчев), sculpteur. Cette identification explique bien les divergences présentes dans les mentions existantes. Une étude locale attribue le relief à Georgi Kiselintchev, mais l’initiale qui y figure ne correspond pas au prénom Георги, mais à un prénom commençant par la lettre П. Dans ce contexte, Pando Kiselintchev semble être l’auteur ou l’exécutant le plus probable du relief. Peut-être même de l’ensemble du monument.

Référence tirée du relief du monument dédié à Adam Mickiewicz à Burgas (Bulgarie), 1949, photo de B. Gutowski, 2026, tous droits réservés

Il convient de traiter séparément les informations concernant Preslav Kyrshovski (1905-2003, en bulgare Преслав Кършовски), graphiste et scénographe, dont le nom est également associé au projet du monument à Mickiewicz dans le Jardin maritime. Cela n’est pas nécessairement en contradiction avec la paternité du médaillon par P. Kiselintchev. Il est possible que Kyrszowski ait préparé le projet graphique de l’ensemble du dispositif, le modèle du portrait ou le concept général du mémorial, tandis que Pando Kiselinczew aurait réalisé les travaux de sculpture ; cela nécessiterait toutefois de confirmer la participation de Kyrszowski et il convient de considérer cela comme une hypothèse parmi d’autres.

La plaque à Sveti Vlas

Une autre trace, plus récente, du souvenir de Mickiewicz sur la côte bulgare est le relief dévoilé le 19 août 2024 à Sveti Vlas. Contrairement à Burgas, il ne s’agit toutefois pas d’un lieu lié à un séjour avéré du poète. Cette commémoration revêt plutôt un caractère symbolique et diplomatique-culturel : elle inscrit Mickiewicz dans le paysage représentatif d’une station balnéaire moderne ainsi que dans le récit des relations polono-bulgares. Ont notamment participé à la cérémonie de dévoilement l’ambassadeur de la République de Pologne en Bulgarie, Maciej Szymański, des représentants des autorités locales ainsi que les frères Dinko et Jordan Dinev, impliqués dans le développement et la promotion de Sveti Vlas. La plaque ne marque pas une nouvelle étape sur l’itinéraire du dernier voyage de Mickiewicz.

Buste d’Adam Mickiewicz figurant sur la plaque à Sveti Vlas, photo de Bartłomiej Gutowski, 2026, tous droits réservés

La plaque a été financée par la fondation « Mémoire bulgare – Les frères Dinevi » et se trouve dans l’« Allée des Nations » qu’elle a créée dans le port de plaisance. L’auteur des bas-reliefs de l’allée est le sculpteur Petko Jordanov, directeur de la galerie d’art de Yambol.

Related persons:

Time of construction:

1949

Creator:

Pando Kiselinczew (1890–1980, rzeźbiarz, bułg. Пандо Киселинчев)

Keywords:

Publication:

26.06.2026

Last updated:

28.06.2026

Author:

Bartłomiej Gutowski
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Photographie du monument à Adam Mickiewicz à Bourgas. Un relief de profil en métal est encastré dans une dalle de pierre brute. L inscription bulgare donne Adam Mickiewicz 1798 1855 et mentionne Bourgas en 1855. Photo montrant Le monument dédié à Adam Mickiewicz au bord de la mer Noire Galerie de l\'objet +2
Monument dédié à Adam Mickiewicz à Burgas (Bulgarie), 1949, photo Bartłomiej Gutowski, 2026
Photographie d un portrait en relief métallique d Adam Mickiewicz de profil gauche encastré dans un bloc de pierre brute à Burgas. Photo montrant Le monument dédié à Adam Mickiewicz au bord de la mer Noire Galerie de l\'objet +2
Buste en relief tiré du monument dédié à Adam Mickiewicz à Burgas (Bulgarie), 1949, photo Bartłomiej Gutowski, 2026
Buste en relief de bronze d Adam Mickiewicz sur une plaque de pierre sombre à Burgas. L inscription indique Adam Mitskevitch 1798 1855 avec une citation en bulgare dessous. Photo montrant Le monument dédié à Adam Mickiewicz au bord de la mer Noire Galerie de l\'objet +2
La plaque commémorative d'Adam Mickiewicz à Sveti Vlas, photo Bartłomiej Gutowski, 2026

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