Olga Boznańska, Portrait d'Alicja Halicka, de Maria Fredro-Boniecka et de leur cousine Karola, vers 1905-1915, huile sur toile, 93 x 71,5 cm, Musée national de Cracovie, Domaine public
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Photo montrant Entre la Belle Époque et les expérimentations d\'avant-garde du début du XXe siècle. L\'art d\'Alicja Halicka dans certaines collections étrangères
Olga Boznańska, Portrait d'Alicja Halicka, de Maria Fredro-Boniecka et de leur cousine Karola, vers 1905-1915, huile sur toile, 93 x 71,5 cm, Musée national de Cracovie, Domaine public
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Photo montrant Entre la Belle Époque et les expérimentations d\'avant-garde du début du XXe siècle. L\'art d\'Alicja Halicka dans certaines collections étrangères

Entre la Belle Époque et les expérimentations d'avant-garde du début du XXe siècle. L'art d'Alicja Halicka dans certaines collections étrangères

Entre la Belle Époque et les expérimentations d'avant-garde du début du XXe siècle. L'art d'Alicja Halicka dans certaines collections étrangères

Les œuvres d'Alicja Halicka, qui fait partie du cercle des peintres modernistes juives polonaises et des autrices de textes littéraires, se trouvent principalement dans des collections étrangères, en raison de son parcours. On peut notamment les retrouver au Centre Pompidou ou à la Galerie nationale d'art moderne de Mumbai (NGMA Mumbai).

Fiche technique

Type de documents polonais : peintures, collages

Chronologie : XXe siècle

Localisation : France , États-Unis, Inde

Auteure : Alicja Halicka (née Rosenblatt, 1889–1974)

Sur les traces d’Alicja Halicka

L’identité et l’art d’Alicja Halicka (née Rosenblatt, 1889–1974) se sont forgés au carrefour de différentes cultures. La future peintre et autrice de textes littéraires est née à Cracovie, en Pologne sous le joug des puissances coloniales, au sein d’une famille aisée de médecins juifs qui s’était convertie au catholicisme. Halicka a passé sa jeunesse en Autriche et en Suisse. Elle a suivi ses études à l’École des beaux-arts pour femmes de Maria Niedzielska, à Cracovie. La bonne maîtrise des langues étrangères – l’allemand et le français – acquise au sein de sa famille – lui a d’abord permis de poursuivre ses études à Munich, dans l’atelier du peintre réaliste hongrois Simon Hollósy (1857–1917), puis, à partir de 1912, de développer sa carrière artistique à Paris. C’est là qu’en 1913, Halicka épousa Ludwik Markus (Louis Marcoussis, 1878–1941), caricaturiste et peintre cubiste d’origine juive polonaise. Elle fréquentait volontiers les cercles d’écrivains et d’artistes d’origine polonaise, parmi lesquels figuraient notamment Guillaume Apollinaire (1880–1918, écrivain, critique littéraire, poète), Olga Boznańska (1865–1945, peintre). Au fil des ans, ses contacts avec le milieu bohème international de Paris ainsi que ses voyages, notamment en Pologne, aux Pays-Bas (1919), aux États-Unis (où l’artiste s’est rendue à trois reprises entre 1935 et 1938) et en Inde (1952–1953). Halicka n’a jamais appartenu à un seul et même cercle culturel. Au fil des ans, elle a sciemment mis en avant son identité multiculturelle, tirant parti de sa position hybride. Cela lui a permis de développer en parallèle différentes stratégies artistiques, lui permettant ainsi de toucher des publics variés.

À la recherche d’une place sur la scène artistique française

La fascination pour la peinture de Paul Cézanne

Bien qu’au cours de la deuxième décennie du XXe siècle, Halicka, inspirée par l’œuvre de Paul Cézanne, ait activement expérimenté la géométrisation de la forme, elle ne s’est à cette époque jointe ni aux cubistes ni à aucun groupe d’avant-garde. Les premières compositions connues de cette période sont réalisées dans une palette monochrome, où prédominent les tons ocres, bruns, gris et noirs. On peut citer comme exemple l’« Autoportrait », conservé dans une collection privée à l’étranger, qui représente l’artiste coiffée d’un chapeau élégant et vêtue d’un manteau à col de fourrure, ce qui, au début du XXe siècle, était encore considéré comme un signe de haut rang social. On peut également percevoir dans ce tableau un écho de la fascination de la peintre pour l’art ancien, en particulier le portrait maniériste. Ce mélange de tradition, de modernité et de mode témoigne de son aspiration à appartenir non seulement au cercle des artistes modernes, mais aussi à l’élite sociale.

Représentations des shtetls et des ghettos polonais

Après ses voyages à Cracovie et à Kazimierz Dolny en 1919 et 1924, Halicka a commencé à aborder la thématique juive dans sa peinture. Peut-être à la recherche d’une thématique exotique, elle a réalisé une série de tableaux représentant principalement des paysages indéfinis de shtetls et de ghettos polonais, dans lesquels reviennent des scènes de genre tirées de la vie de la population juive, telles que des conversations, des divertissements ou des fêtes. On trouve des exemples de ces œuvres, caractérisées par une atmosphère de liberté et d’insouciance, notamment au Musée d’art et d’histoire du judaïsme à Paris. On y trouve quatre compositions non datées : « Un garçon et deux femmes », huile sur toile ; « Conversation », huile sur toile ; « Fête juive », gouache sur papier laminé ; « Quartier juif » à Cracovie, crayon sur papier. La collection est complétée par un exemplaire du livre *Les Enfants du ghetto* d’Israël Zangwill, illustré par Halicka en 1925. Cette série de lithographies a été réalisée par l’artiste à la demande du propriétaire de l’époque des Éditions Henri Jonquières et Cie, Henri Paul Jonquières (1895–1975), en raison du vif écho suscité par son œuvre sur la thématique juive au début des années 1920 en France. La popularité dont jouissaient alors les œuvres de Halicka était en partie due à un regain d’intérêt, bien que de courte durée, pour l’art juif. L’une de ses manifestations fut la Première exposition d’art juif, organisée par le critique Gustave Kahn (1859–1936), à laquelle l’artiste participa, affirmant ainsi son identité ethnique.

Des tableaux inspirés de l’art des maîtres anciens

Peut-être, comme le suggère l’historienne de l’art Klaudia Podsiadło, guidée par le désir d’une « naturalisation artistique », d’appartenance à une tradition séculaire de la peinture française, Halicka s’est tournée, dans les années 1920, vers les inspirations issues de la peinture des grands maîtres. L’artiste a surtout cherché à établir un dialogue avec la peinture hollandaise du XVIIe siècle, comme en témoigne notamment la « Nature morte » non datée de la collection du Centre Pompidou à Paris. Dans ce tableau, Halicka, en s’inscrivant dans la tradition de Jan Vermeer, crée une composition intimiste baignée d’une lumière douce et déclinée dans une palette de couleurs claires, où elle démontre toute sa maîtrise en mettant en valeur le jeu subtil de la transparence du verre et de la finesse des objets représentés. Une autre illustration de cette fascination est l’huile sur toile « Maternité », datée de 1920 et issue des collections de l’Association des Amis du Petit Palais à Genève. Halicka reviendra volontiers sur le thème des rôles traditionnellement attribués aux femmes, en particulier après la naissance de sa fille Malène en 1922, s’efforçant de se conformer aux attentes de la société.

Expérimentations d’avant-garde

Entre 1924 et 1938, Halicka a créé le cycle « Romances en relief » – des œuvres composées de chutes de tissus et de papier, inspirées de l’art des maîtres anciens, de l’esthétique de la Belle Époque et de la technique des collages d’avant-garde. Ces œuvres étaient destinées avant tout à de riches collectionneuses ; parmi ses clientes figurait notamment Helena Rubinstein (1872–1965), femme d’affaires et collectionneuse juive polonaise. C’est en grande partie grâce à elles que Halicka s’est forgé une réputation auprès du public à Londres, Paris et New York pendant l’entre-deux-guerres. Il est intéressant de noter qu’il n’existe probablement qu’un seul exemplaire de « Wytłaczany romans » dans les collections publiques étrangères – celui de la Yale University Art Gallery, à New Haven. Daté de 1932 et intitulé « Nuits arabes », ce collage faisait autrefois partie de la collection de la légendaire peintre et promotrice de l’art moderne Katherine Sophie Dreier (1877–1952). Cette composition, qui s’inscrit dans une veine orientaliste et représente deux femmes – l’une jouant de la mandoline, l’autre allongée –, fait référence, comme l’a démontré l’historienne de l’art Anna Miller, à la tradition de la représentation des odalisques. Ce mélange éclectique d’esthétiques diverses, souvent apparemment incompatibles, fondé sur l’adaptation de solutions formelles existantes et l’exotisation des femmes, visait à s’imposer efficacement dans le milieu artistique grâce à un effet visuel attrayant.

Costumes et décors de théâtre

À partir des années 1930, Halicka a conçu des décors et des costumes pour des pièces de théâtre, qui rappellent les productions des Ballets russes. Ces œuvres ont vu le jour au cours de plusieurs séjours que l’artiste a effectués de son propre chef aux États-Unis, ainsi qu’en France. Plusieurs projets, dont on trouve des exemples notamment à la Bibliothèque-musée de l’Opéra à Paris et aux Fine Arts Museums of San Francisco, s’inscrivent dans une esthétique féérique. Parmi les plus célèbres figure la série de dix projets de costumes pour le ballet « Le Baiser de la sorcière », sur une musique d’Igor Stravinski et une chorégraphie de George Balanchine datant de 1937, aujourd’hui conservée dans les collections du MoMa. Réalisés dans des tons pastel, ces costumes témoignent de la fascination de l’artiste pour la mode, le folklore, ainsi que pour l’esthétique de ce qu’on appelle « l’art féminin ».

Féerie et surréalisme

Entre les deux guerres, des scènes oniriques apparaissent parfois dans l’œuvre de Halicka, comme dans l’huile sur toile intitulée « La place de la Concorde » (1933), issue de la collection du Centre Pompidou. Espaces désertés, nuit, créatures hybrides, caractère énigmatique, atmosphère d’irréalité teintée de mélancolie : ce ne sont là que quelques-uns des éléments du répertoire surréaliste (compris comme l’expérience de ce qui est connu mais refoulé, et qui suscite par là même l’inquiétude) répertoire de motifs qui la rapproche de l’art des surréalistes. Le recours au répertoire surréaliste a permis à Halicka de rendre des émotions difficiles à nommer. Halicka est également revenue aux conventions oniriques et féériques dans la seconde moitié du XXe siècle, comme en témoigne un tableau réalisé lors de son voyage en Inde, conservé dans les collections de la Galerie nationale d’art moderne de Mumbai (NGMA Mumbai).

La mystification cubiste

Halicka est aujourd’hui surtout connue pour la période cubiste de son œuvre. L’histoire de la découverte des tableaux de l’artiste réalisés dans ce style, datant de la Première Guerre mondiale et retrouvés dans le grenier de ses amis dans les années 1970, fait l’objet depuis plus d’une décennie d’un débat animé parmi les chercheurs. Les expertises réalisées par la maison de ventes aux enchères Lombrail-Teucquam en 2014 ont révélé la présence de blanc de titane dans plusieurs œuvres analysées de Halicka, ce qui exclut leur création entre 1914et 1918 et remettent en cause le récit de l’artiste elle-même concernant les circonstances de leur création. Il est probable que Halicka ait réalisé ces œuvres à la fin de sa vie, dans le but de voir son œuvre reconnue et intégrée à l’historiographie de l’art d’Europe occidentale. Ce geste peut être interprété comme une stratégie consciente d’auto-création, constituant une tentative de contribuer à l’élaboration du canon du modernisme, dont les femmes ont longtemps été exclues. Dans le sillage d’un regain d’intérêt pour l’avant-garde du début du XXe siècle, Halicka a créé des œuvres dans l’esprit du cubisme analytique. On trouve aujourd’hui des exemples de ces compositions notamment au Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme à Paris (« Nature morte cubiste », gouache sur papier, datée de 1915) ainsi qu’au Musée des Beaux-Arts de Bordeaux (« Nature morte au violon », huile sur toile, datée de 1918).

Pour en savoir plus :

  • A. Halicka, Hier : mémoires, Cracovie 1971.
  • A. Millers, Romances capitonnés. Alice Halicka (1894–1975), l’étoffe d’un peintre, t. I-II, mémoire de master, École du Louvre, Paris 2017.
  • K. Zagrodzki, Alicja Halicka. École de Paris, catalogue d’exposition, Villa la Fleur, Konstancin-Jeziorna 2011.
  • Ibid. Les œuvres d’Alicja Halicka de 1913 à 1947 dans les collections étrangères, sous la direction de N. Słaboń et W. Szymański, Łódź 2024.

Time of construction:

XXe siècle

Keywords:

Publication:

27.10.2025

Last updated:

27.10.2025

Author:

Muszkowska Maria
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