L'Apocalypse selon Jean Lebenstein, Centre du Dialogue à Paris, photo Dorota Janiszewska-Jakubiak, 2018, tous droits réservés
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Jan Lebenstein, vitrail représentant des scènes de l'Apocalypse de saint Jean, 1972, Association de l'Apostolat catholique des Prêtres pallottins, Paris, France, photo Piotr Ługowski
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Centre du Dialogue, Paris (France), photo Norbert Piwowarczyk, 2023, tous droits réservés
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L'Apocalypse selon Jean Lebenstein à Paris

L'Apocalypse selon Jean Lebenstein à Paris

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Apocalypse de St. Jean

Au numéro 25 de la rue Surcouf à Paris se trouve un bâtiment dont le joyau est un vitrail composé de panneaux de polyester teinté. Ce même lieu est lié à la publication de la version polonaise de la traduction de l’Apocalypse, réalisée par un lauréat du prix Nobel. Les points communs sont nombreux : des racines polonaises, le Centre du Dialogue et, au cœur de tout cela, la figure d’un pallottin qui a consacré sa thèse de doctorat à l’esthétique de Heidegger.

L’activité du père Józef Sadzik à Paris
Le père Józef Sadzik (1933‒1980), pallottin, a fait ses études dans plusieurs villes de Pologne, en Suisse (Fribourg) et en Allemagne (Munich). Après avoir soutenu sa thèse de doctorat, il fut envoyé en France, à Paris. Il fonda l’une des maisons d’édition polonaises les plus méritantes à l’étranger – les Éditions du Dialogue (1966) –, qui a publié environ 150 ouvrages différents. Il a également dirigé le Centre du Dialogue à Paris (1973). Ce lieu était dédié aux Polonais en exil, à la culture, aux rencontres et aux débats.

« L’action de Józek dépassait le cadre d’un simple groupe. Ce qu’il a accompli était tout à fait exceptionnel. Après tout, toute l’élite intellectuelle polonaise est passée par la maison des Pères Pallottins. C’est lui qui a dynamisé ce milieu », se souvenait son ami Jan Lebenstein.

La collaboration de Jan Lebenstein avec les Pallottins
En 1972, le père Józef Sadzik a convaincu Jan Lebenstein de concevoir et de réaliser un vitrail dans la salle de réunion (qui servait également de chapelle) d’un bâtiment appartenant aux Pallottins, situé au 25, rue Surcouf à Paris. Peu après, il proposa à l’artiste de réaliser des illustrations pour la toute dernière traduction de l’Apocalypse, pour laquelle il avait réussi à convaincre Czesław Miłosz en personne de participer.

En décrivant cet événement singulier, Konstanty Jeleński soulignait : « La force créatrice des liens personnels est aujourd’hui sous-estimée, et pourtant, c’est grâce à l’entente de ce trio d’amis qu’est née une œuvre qui semblait anticiper le moment où l’histoire exigerait de trouver la forme d’un dialogue indispensable entre l’art polonais et l’Église catholique ».

Jan Lebenstein a collaboré à maintes reprises avec les Pallottins ; il faisait partie intégrante de la communauté qu’ils formaient. Dans l’une de ses déclarations, il avouait : « En 1973, Józek [Sadzik] m’a poussé à réaliser des vitraux. Il m’a pris par les oreilles et m’a dit que j’avais quatre semaines pour tout faire. C’était très agréable, car il m’apportait toujours du vin pour que je tienne jusqu’au matin. Je passais mes journées et mes nuits chez vous [les Pallottins] ».

Le fruit de ce travail fut un vitrail réalisé non pas en verre, mais en polyester. L’historien de l’art, le professeur Andrzej Pieńkos, estime que c’est Alina Szapocznikow qui a fait découvrir cette technique à l’artiste.

L’Apocalypse – vitrail de Jan Lebenstein

Lebenstein a divisé son vitrail verticalement en rectangles verticaux et horizontalement en trois zones. La zone supérieure présente des illustrations inspirées des récits de l’Apocalypse, la zone centrale représente les quatre Cavaliers de l’Apocalypse mentionnés dans le texte, représentés dans un style propre à l’artiste, tandis que la zone inférieure donne l’impression d’une bordure : il s’agit d’un espace vert.

Andrzej Pieńkos, décrivant l’œuvre de l’artiste, reconnaît que « ce grand tableau contient des références évidentes, bien que purement allusives, à l’iconographie apocalyptique. […] La conception plastique de cette œuvre s’inscrit dans les recherches menées à l’époque par Lebenstein en peinture et en dessin. […] Mais c’est davantage dans le vitrail parisien que dans la peinture et le dessin que Lebenstein est revenu aux expérimentations de l’informel [l’art sans forme], en tirant parti des spécificités de la matière avec laquelle il travaillait. En effet, l’œuvre a été réalisée personnellement par l’artiste à partir d’une pâte plastique, du polyester […]. C’est peut-être pour cette raison qu’elle est dépourvue de cette littéralité maniérée qui caractérisait son « bestiaire » de l’époque dans le domaine de l’estampe. Seul vitrail de l’œuvre de Lebenstein, il n’est sans doute pour cette raison pas du tout pris en compte dans l’histoire de cette technique, à laquelle il n’appartient d’ailleurs qu’en apparence (il n’a en effet pas été réalisé dans du verre). Or, il mérite d’y trouver sa place pour des raisons tant techniques qu’iconographiques. C’est l’une des œuvres d’art religieux les plus extraordinaires de la seconde moitié du XXe siècle. »

Un fragment de ce vitrail a également été reproduit sur la pierre tombale de l’artiste au cimetière de Powązki à Varsovie – la stèle comporte un bas-relief représentant l’Agneau apocalyptique. L’Agneau est une vision issue du Livre, et il est accompagné de vingt-quatre vieillards et de quatre êtres, que l’on peut également voir dans le vitrail de Lebenstein. Tout comme les quatre cavaliers et d’autres représentations choisies par l’artiste.

Les illustrations de Lebenstein pour l’Apocalypse dans la traduction de Czesław Miłosz
Jan Lebenstein reconnaissait que l’Apocalypse était un adversaire redoutable. Un texte qui, d’une part, se soustrait à toute compréhension totale et, d’autre part, est suffisamment universel et imagé pour accompagner chacun. « Chacun peut y reconnaître sa propre vie », expliquait l’artiste lors d’un entretien.

La confrontation avec l’Apocalypse ne s’est pas arrêtée à la chapelle des Pallottins. L’artiste a créé une série de dessins illustrant la traduction polonaise réalisée par Czesław Miłosz. Lauréat du prix Nobel, juriste, poète, romancier, traducteur et professeur, il vivait dans une maison « avec vue sur la baie de San Francisco » lorsqu’il a traduit l’Apocalypse en polonais. Il s’y était installé en 1960, lorsqu’il avait émigré de Pologne pour des raisons politiques, en passant par Paris, vers les États-Unis, où il avait été invité à occuper un poste de professeur au département des langues et littératures slaves de l’Université de Californie.

La première édition de l’Apocalypse dans sa traduction a été publiée aux Éditions du Dialogue (1986) ; des rééditions ont vu le jour aux soins de l’Université catholique de Lublin (1990), ainsi qu’aux Éditions littéraires (1998). Ces trois versions comportaient toutes des illustrations de Jan Lebenstein, réalisées à l’origine à la gouache et au pastel, qui font aujourd’hui partie des collections du Musée de l’archidiocèse de Varsovie, à Varsovie.

Jan Lebenstein a créé les illustrations de l’Apocalypse dans un style qui lui est propre. D’un trait délicat, elles représentent des personnages « monstrueux », déformés – ce qui est si caractéristique de Lebenstein – dans une palette de couleurs sobre. Elles interpellent par leur contenu et leur forte charge émotionnelle, devenant ainsi une excellente source de réflexion. Parmi ces illustrations, on retrouve les cavaliers de l’Apocalypse galopant à toute allure, revêtus des vêtements des vingt-quatre vieillards, ainsi que l’Agneau qui règne sur eux, sans oublier quatre figures ailées dont, selon le texte de l’Apocalypse – l’une ressemble à un lion, la deuxième à un bœuf, la troisième à un aigle, et la quatrième a un visage humain. On y trouve également une femme enceinte et un dragon à sept têtes.

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Time of construction:

1972-1985

Publication:

15.02.2023

Last updated:

20.06.2025

Author:

Anna Rudek-Śmiechowska
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Jan Lebenstein, vitrail représentant des scènes de l'Apocalypse de saint Jean, 1972, Association de l'Apostolat catholique des Prêtres pallottins, Paris, France, photo Piotr Ługowski
Représentation artistique d'une créature à plusieurs têtes, dotée de visages humains et de cornes, sur fond bleu. Cette image fait partie d'un vitrail de Jan Lebenstein inspiré de l'Apocalypse. Photo montrant L\'Apocalypse selon Jean Lebenstein à Paris Galerie de l\'objet +7
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Vue de la rue Surcouf à Paris, avec des voitures garées et des immeubles sous un ciel nuageux. Photo montrant L\'Apocalypse selon Jean Lebenstein à Paris Galerie de l\'objet +7
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