Reconstitution du monument dédié au roi Jean III réalisée par Józef Łoski, dessin de Bolesław Starzyński, d’après J. Łoski, Monument à Jean Sobieski commémorant la victoire de Vienne. Sculpture de Piotr Vaneau, Varsovie 1880, tous droits réservés
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Reconstitution du monument dédié au roi Jean III, réalisée par Marius Vachon et Édouard Corroyer, d’après M. Vachon, *La vie et l’œuvre de Pierre Vaneau, sculpteur français du XVIIe siècle, et le monument de Jean Sobieski*, Paris, 1882, tous droits réservés
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L'apothéose du roi Jean III, panneau issu des collections du château de Montrésor, photo Piotr Jamski, tous droits réservés
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L'apothéose du roi Jean III et du prince Jacques, panneau issu des collections du château de Montrésor, photo Piotr Jamski, tous droits réservés
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Armand de Béthune, évêque du Puy – panneau de la cathédrale du Puy-en-Velay, probablement réalisé par Pierre Vaneau, Domaine public
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Statues de prisonniers, d'après J. Łoska, Monument à Jean Sobieski commémorant la victoire de Vienne. Sculpture de Piotr Vaneau, Varsovie, 1880, tous droits réservés
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Le mystère du monument dédié à Jean III Sobieski en France

Le mystère du monument dédié à Jean III Sobieski en France

Les collections de plusieurs musées en France ainsi que celles du Château royal de Varsovie abritent un ensemble de décorations sculptées provenant du monument dédié au roi Jean III. Cette sculpture commémore la victoire du monarque lors de la bataille de Vienne. Elle a été commandée par l’évêque français Armand de Béthune (1635-1703) et réalisée par son artiste de cour, Pierre Vaneau (1653-1694), dans la capitale du diocèse du Puy, en Auvergne (centre de la France). Le monument n’a toutefois jamais été érigé à l’emplacement prévu, et ses éléments ont été vendus après la mort du commanditaire.

Une découverte extraordinaire : le monument à Jean III
À l’approche du bicentenaire de la victoire de Vienne (1883), deux historiens (un Français, Marius Vachon, et un Polonais, Józef Łoski), agissant indépendamment l’un de l’autre, ont publié des informations sur un monument jusque-là inconnu glorifiant Jean III Sobieski et ont tenté de le reconstituer. Les éléments du monument se trouvaient alors dans trois collections privées différentes en France. Les chercheurs les ont associés au mécénat d’Armand de Béthune, évêque du Puy, lié par des liens familiaux aux Sobieski.

Monument de Jean III – vue d’ensemble
L’ensemble des éléments du monument identifiés par les chercheurs se composait de onze panneaux en bas-relief et de cinq figures en ronde-bosse. Les grands panneaux rectangulaires en relief présentent des représentations allégoriques. Il s’agit de : « L’apothéose de Jean III », « L’apothéose de Jean III et du prince Jacques », « Hercule se reposant », ainsi que « Le triomphe sur l’Islam » et « L’Islam vaincu », sans oublier deux scènes de bataille narratives : « La bataille de Vienne » et « L’entrée triomphale à Vienne ». Quatre panneaux plus petits, présentant des compositions de panoplies (motifs décoratifs et symboliques composés d’armes blanches et d’armures), viennent compléter l’ensemble.

Le monument de Jean III et ses éléments
L’élément principal du monument est la statue en ronde-bosse de Jean III, accompagnée de quatre statues représentant des prisonniers.

Le monument reconstitué se présentait comme suit. Un socle monumental, formé d’un piédestal à deux niveaux, servait de base à la statue grandeur nature du roi, debout dans une couronne de laurier et revêtu d’une armure de style antique recouverte d’une cotte de mailles doublée de fourrure. Jean III Sobieski porte en bandoulière sur la poitrine l’écharpe de l’Ordre français du Saint-Esprit (qui lui avait été décerné par Louis XIV) et s’appuie sur un poignard romain décoratif (parazonium) qu’il tient à la main, aujourd’hui remplacé par une épée. La composition « rhétorique » était complétée par quatre figures de prisonniers à demi-nus, enchaînés, représentés dans des poses dynamiques et placés aux angles du niveau inférieur du socle. Deux d’entre eux, aux coiffures orientales (des toupets sur la tête rasée) et aux moustaches caractéristiques, peuvent être considérés comme un Turc et un Tatar, les deux autres, barbus, sont des représentants des peuples chrétiens conquis par les Turcs, contraints de combattre dans les rangs ottomans.

Deux grands panneaux de la partie inférieure du socle commémorent la participation décisive de Jean III à la bataille de Vienne ainsi que son entrée triomphale dans la ville après la victoire. Elles prennent la forme de compositions dynamiques à plusieurs personnages, au centre desquelles sont mis en avant le monarque polonais et son fils, le prince Jacques.

Les deux compositions suivantes sont des représentations allégoriques ayant pour thème l’apothéose des deux Sobieski. La première est accompagnée d’une inscription en latin : « VENIET DIVIS SUPERADDITUS ORDO / ALTERNO SURGIT LUX AEMULA SOLI » (« Viendra l’ordre divin, surgira la lumière victorieuse du soleil »). Au centre, sur fond d’une architecture ordonnée rappelant un arc de triomphe, se dresse la figure de Jean III en costume polonais, appuyé sur un bouclier orné de l’Aigle, la tête couronnée de laurier, couronnée en outre d’un laurier par deux personnifications féminines (sans doute la Paix et la Concorde). De part et d’autre, Mars et Victoire désignent le roi. À l’arrière-plan, dans des niches, se trouvent des statues de Bacchus et de Neptune, tandis qu’à droite figure une représentation de la basilique Saint-Pierre au Vatican. En bas, des prisonniers turcs enchaînés au milieu d’armures.

Le deuxième panneau est complété par l’inscription « ARTIS OPUS, QUOD OPUS MARTIS, ERIT, / QUOD PRAELIAS PALMAE » (« C’est un art [d’évaluer] dans quelle mesure Mars mérite la palme [de la victoire], et dans quelle mesure c’est la bataille qui la mérite »). Au centre de la composition se trouve un médaillon représentant le buste de Jean III dans une couronne de fleurs, soutenu par la Gloire, et, en dessous, un tondo ovale présentant la même effigie de Jacques Sobieski dans une couronne de laurier, porté par Chronos, Hercule et un prisonnier enchaîné. Tout autour se trouve un groupe de prisonniers turcs enchaînés et vaincus, au milieu d’armures, tandis qu’à l’arrière-plan, en haut, se dressent les statues des dieux : Apollon, Mars, Hercule et Jupiter.

La troisième de ces compositions purement allégoriques – « Hercule se reposant » – représente le héros endormi, à demi allongé. Le héros se repose, adossé à un amoncellement d’objets symbolisant diverses activités de la vie et son armement, parmi lesquels figurent une cruche renversée, une couronne, une torche, un carquois rempli de flèches, un cuirasse et des boucliers. De chaque côté sont représentés ses attributs et les symboles de ses exploits : une massue, une tête de lion de Némée et des têtes de Cerbère.

Au deuxième niveau du socle se trouvent des panneaux faisant référence à la victoire sur les Turcs. « Le Triomphe sur l’islam » représente de manière expressive, voire naturaliste, les corps des musulmans vaincus, gisant au milieu d’armes, avec en arrière-plan Jean III et quatre soldats polonais à cheval, sabre au poing. « L’Islam vaincu » représente quant à lui un aigle dévorant le cœur d’un des Turcs vaincus, gisant parmi des piles d’armes et de bannières capturées. Le tout était couronné de quatre compositions représentant des panoplies.

Jean III, fondateur du monument
Après la victoire de Vienne, Armand de Béthune écrivit à Jean III qu’il souhaitait « l’immortaliser » par des statues érigées dans neuf villes de son diocèse, sur lesquelles le roi serait représenté au moment où il vainquait les ennemis de la religion chrétienne. La commande d’un monument commémorant les triomphes du roi polonais par un ecclésiastique français s’expliquait par des liens de parenté. L’évêque était apparenté à l’épouse de Jean III, la reine Marie-Cazimère (1641‒1716). Sa sœur aînée, qui était également la marraine du prince Jacques, Marie-Louise (vers 1638‒1728), avait épousé le frère de l’évêque, le marquis François Gaston de Béthune (1638‒1692), résident français à la cour de Pologne. Pour la réalisation du monument, l’évêque de Béthune fit appel à son sculpteur de cour, Pierre Vaneau.

Ce monument n’était pas la seule œuvre commandée par la fondation de Béthune en lien avec la figure de Sobieski. On sait que l’évêque possédait, dans sa résidence, le château de Monistrol-sur-Loire, un grand plafond représentant le roi de Pologne ainsi que quatre bas-reliefs illustrant des batailles, également réalisés par Vaneau. Quant au palais épiscopal du Puy, il abritait deux portraits et un buste de Jean III, ainsi qu’une salle appelée « chambre du Roi de Pologne ». On peut considérer que ce monument constituait un moyen d’autopromotion pour l’évêque, en soulignant ses liens avec le vainqueur de Vienne et la famille royale polonaise.

Le monument de Jean III et son destin
Finalement, le monument réalisé par Vaneau n’a jamais été installé dans l’espace public. De plus, l’emplacement exact où il devait être érigé reste un mystère. Peut-être les éléments en bois ne constituaient-ils qu’une maquette du futur monument en pierre. On suppose également qu’il devait être envoyé à Jean III en Pologne.

Le sort précis du monument commandé après la mort d’Armand de Béthune n’est pas tout à fait clair. On sait qu’il se trouvait, de son vivant, au château de Monistrol-sur-Loire. À la mort de l’évêque en 1703, sa sœur hérita de sa fortune personnelle et vendit les sculptures à trois acquéreurs différents. Finalement, en 1866, la plupart des panneaux furent acquis par le comte Ksawery Branicki, qui constitua une collection d’objets polonais dans son château de Montrésor. Sept éléments s’y trouvent encore aujourd’hui, notamment des scènes de bataille et des apothéoses royales. Quant aux sculptures représentant des prisonniers, elles font l’objet d’un dépôt du Louvre au musée Crozatier, au Puy-en-Velay. La statue du roi Jean III a quant à elle rejoint les collections du château royal de Varsovie.

Related persons:

Creator:

biskup Armand de Béthune (duchowny; Francja)

Time of construction:

vers 1684-1685

Publication:

02.07.2024

Last updated:

07.03.2026

Author:

Anna Oleńska
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Illustration du monument dédié au roi Jean III Sobieski, représentant le souverain en armure sur un socle orné de reliefs et flanqué, aux quatre coins, de quatre figures de prisonniers enchaînés. Photo montrant Le mystère du monument dédié à Jean III Sobieski en France Galerie de l\'objet +5
Reconstitution du monument dédié au roi Jean III réalisée par Józef Łoski, dessin de Bolesław Starzyński, d’après J. Łoski, Monument à Jean Sobieski commémorant la victoire de Vienne. Sculpture de Piotr Vaneau, Varsovie 1880, tous droits réservés
Dessin du monument dédié au roi Jean III Sobieski, présentant une vue de face et de profil. Le monument comprend une statue du roi, des panneaux en relief et des figures de prisonniers enchaînés. Les plans du socle et du piédestal sont également représentés. Photo montrant Le mystère du monument dédié à Jean III Sobieski en France Galerie de l\'objet +5
Reconstitution du monument dédié au roi Jean III, réalisée par Marius Vachon et Édouard Corroyer, d’après M. Vachon, *La vie et l’œuvre de Pierre Vaneau, sculpteur français du XVIIe siècle, et le monument de Jean Sobieski*, Paris, 1882, tous droits réservés
Relief en bois représentant le roi Jean III Sobieski couronné par deux figures féminines, entourées de figures allégoriques. En dessous, des prisonniers enchaînés dans des poses dynamiques. Inscription en latin en haut. Photo montrant Le mystère du monument dédié à Jean III Sobieski en France Galerie de l\'objet +5
L'apothéose du roi Jean III, panneau issu des collections du château de Montrésor, photo Piotr Jamski, tous droits réservés
Relief en bois représentant des figures allégoriques entourant des médaillons avec les bustes de Jean III Sobieski et de Jakub Sobieski. La scène comporte des prisonniers enchaînés et des inscriptions en latin. Photo montrant Le mystère du monument dédié à Jean III Sobieski en France Galerie de l\'objet +5
L'apothéose du roi Jean III et du prince Jacques, panneau issu des collections du château de Montrésor, photo Piotr Jamski, tous droits réservés
Relief en bois représentant un ange tenant un médaillon sur lequel figure le buste d'un homme. On y voit deux chérubins, dont l'un tient une mitre et une crosse. À l'arrière-plan, des éléments architecturaux. Photo montrant Le mystère du monument dédié à Jean III Sobieski en France Galerie de l\'objet +5
Armand de Béthune, évêque du Puy – panneau de la cathédrale du Puy-en-Velay, probablement réalisé par Pierre Vaneau, Domaine public
Deux sculptures représentant des prisonniers enchaînés, issues du monument dédié au roi Jean III Sobieski. Ces personnages musclés, assis et représentés dans des poses dynamiques, symbolisent les ennemis vaincus. Photo montrant Le mystère du monument dédié à Jean III Sobieski en France Galerie de l\'objet +5
Statues de prisonniers, d'après J. Łoska, Monument à Jean Sobieski commémorant la victoire de Vienne. Sculpture de Piotr Vaneau, Varsovie, 1880, tous droits réservés

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